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Médiéviste de renommée internationale, spécialiste des questions religieuses (sainteté, mystique, eschatologie), André Vauchez publie, aux éditions Fayard, une biographie de saint François d'Assise : François d'Assise entre histoire et mémoire. L'épisode célèbre de l'ordalie de Damiette l'amène à citer Louis Massignon (p.147) en son texte "Mystique chrétienne et mystique musulmane" (Ecrits Mémorables I, Laffont "Bouquins", p.128).

Une autre citation, touchant la Badaliya, intervient p.360. Plus longue, importante, nous la reproduisons intégralement : "Enfin, depuis quelques années, comme en témoigne la multiplication des livres sur le sujet, le Pauvre d'Assise est présenté comme le protagoniste du dialogue entre chrétiens et musulmans et même, plus largement, du dialogue entre les civilisations, qui, depuis le 11 septembre 2001, est passé au premier plan des préoccupations de l'opinion publique et constitue un des enjeux majeurs de notre temps.

L'idée pourtant n"est pas nouvelle : elle avait hanté le grand arabisant français Louis Massignon qui, dès 1922, avait établi un parallèle entre François et Hallâj, un mystique rempli du désir du martyre qui fut brûlé vif à Bagdad en 992 après avoir offert sa vie pour la salut des musulmans. Ce professeur au Collège de France, qui était également tertiaire franciscain, fonda en 1947 une confrérie dont le but était de favoriser la manifestation du Christ en Islam, "non pas simplement en tant que prophète reconnu par le Coran mais comme vrai Dieu et vrai Homme".
Massignon se réfère dans cette démarche à tout ceux qui ont accepté d'être des "victimes" de "substitution" pour obtenir de Dieu la conversion de l'Islam parmi lesquels il place en premier lieu François d'Assise. Même si le contenu réel de l'échange entre ce dernier et le sultan d'Égypte nous échappe dans une large mesure, il est certain qu'il a abordé l'islam avec un engagement et une attention exceptionnels pour son temps. En fait, nous savons que la rencontre entre François et le sultan n'a guère eu de suites à ce niveau, mais c'est précisément dans la perspective de cet échange et de l'ardente obligation qui s'impose aujourd'hui de renouer une relation entre l'Occident et le monde islamique fondée sur l'estime réciproque et l'esprit de paix, que la figure du pauvre d'Assise doit retrouver une valeur exemplaire.".

Précisions : hallâj a été martyrisé en 922 et non 992 ; la Badaliya a été fondée en 1934 ; 1947 est la date de son approbation épiscopale. Rappelons que l'ordalie de Damiette a fait l'objet d'un livre de John Tolan : Le Saint chez le sultan - la rencontre de François d'Assise et de l'islam : huit siècles d'interprétation, Paris, Le seuil, 2007. Spécialiste de l'histoire de renseignement, le journaliste Rémi Kauffer vient de publier, chez Stock, La saga des Hachémites - la tragédie du Moyen-Orient - 1909-1999. Massignon, l'ami de Fayçal, y est cité maintes fois : à l'occasion de la révolte arabe et de ses liens avec T.E Lawrence, de la conférence parisienne de la paix en 1919, des réactions arabes face à l'implantation sioniste en Palestine.

Petite correction (p.180) : l'épouse de Louis Massignon se nommait Marcelle, non "Marie", prénom de la mère de l'orientaliste.