Pèlerinages ; jeûnes

Cinquante-septième pèlerinage islamo-chrétien des Sept dormants d'Ephèse à Vieux-Marché (Côtes d'Armor) 23 et 24 juillet 2011

Le thème de la rencontre du samedi après-midi était celui de la Fraternité universelle.

Dans ce lieu où Louis Massignon avait inauguré, en pleine guerre d'Algérie, ce pèlerinage, quatre intervenants furent conviés à traiter du sujet, dans la ligne de leurs recherches touchant au dialogue islamo-chrétien. Patrick Léger, président du Comité des Sept Saints, souligna en son introduction que, chez Louis Massignon, le thème de la fraternité se prolongeait généralement par « au service d'une paix sereine, dans la justice ».

Il revenait à un membre de l'Association des amis d'évoquer l'engagement du grand islamologue au service de ses frères musulmans. Françoise Jacquin rappela les axes de ses interventions, en référence à trois maîtres, Abraham, Charles de Foucauld et Gandhi qui orientèrent ses combats dans le sens de l'hospitalité, de la compassion et de la non-violence. Il est frappant que malgré les distances temporelles et spatiales , Louis Massignon les considérait tout aussi proches de lui, l'un comme l'autre.
Michel May
, psychologue, parla ensuite d'un autre maître de la tolérance interreligieuse, le philosophe Ephraïm Lessing, qui écrivit , au XVIII° siècle, une pièce surprenante ; « Nathan le sage » où il fait dialoguer un juif, un chrétien et un musulman au temps de Saladin.
John Tolan
, professeur à l'université de Nantes, emmena ensuite l'auditoire en un passionnant parcours d'interprétation littéraire et iconographique de la célèbre rencontre entre François d'Assise et le sultan Al Malik Al Kamil. Cet épisode qui aurait eu lieu à Damiette en 1219 sera une source constante d'inspiration pour Louis Massignon : c'est là qu'en 1934, il projeta la fondation de la Badaliya.
Enfin Ahmed Bouyerdene, déjà auteur de deux remarquables ouvrages, Abd el Kader ou l'harmonie des contraires et Abd el Kader par ses contemporains, brossa un portrait très attachant de la grande figure de l'émir « modèle pour une fraternité adamique ». Le jeune et brillant algérien est sur le point soutenir une thèse sur « la période française de l'émir (1848-1852) », à l'Université Marc Bloch de Strasbourg.
Les débats qui suivirent ces exposés furent dirigés par un fidèle ami des rencontres de Vieux Marché, l'universitaire rennais Hamid Tahiri. Plus de cent personnes, d'âge et d'origine fort diverses firent preuve d'un intérêt soutenu fort sympathique. Au premier rang avaient pris place, dès le début de l'après-midi, le nouvel évêque de Saint Brieuc, Mgr Denis Moutel, et le président du Conseil Breton du Culte Musulman, Mustafa Arslan entre qui des échanges fructueux purent avoir lieu.
Le pardon du lendemain fut présidé par Mgr Barbarin, primat des Gaules, entouré d'une dizaine de concélébrants. Il insista dans son homélie sur le don de la miséricorde, le nom même de Dieu, qui devrait rapprocher dans une même action de grâces juifs chrétiens et musulmans. Malgré un temps froid et pluvieux, un grand nombre de fidèles se pressait à l'extérieur de la petite chapelle. Tout le monde se rendit alors en procession et en chantant à la fontaine aux sept trous où la sourate 18 fut psalmodiée en arabe par Hamid Tahiri. Du lait et des dattes furent ensuite largement distribuées. Après le méchoui qui rassembla plus d' une centaine de convives, Mgr Barbarin se prêta avec chaleur et simplicité à un feu de questions sur le dialogue interreligieux. Quelques traditionnalistes tentèrent d'intervenir à l'intérieur de la chapelle où se déroula la rencontre.

57ème pèlerinage Islamo - Chrétien

Consultez et téléchargez ici le programme du 57ème pèlerinage Islamo-chrétien à Vieux-Marché les 23 et 24 juillet 2011

Le samedi 23 juillet à 15H00, Françoise Jacquin, de l'association des amis de Louis Massignon, parlera de « Louis Massignon et la Fraternité Universelle ».

C'est en 1954 que Louis Massignon greffa une rencontre islamo-chrétienne sur le pardon breton voué aux Sept Saints Dormants d'Ephèse, près de Vieux Marché (Côtes d'Armor). Il fut frappé par la similitude entre la Gwerz (veille mélopée en breton) chantée lors de ce pardon multiséculaire et annuel et la sourate XVIII du Coran, « Al Kafh » (la Caverne), sur laquelle il a écrit que c'était la vision de l'Apocalypse en islam. Il y vit la communion possible entre chrétiens et musulmans autour d'une même foi en une vie après la mort alors que se déroulait la guerre de décolonisation en Algérie. Face à ces évènements tragiques et sanglants, lui, le disciple de Gandhi, apôtre de la non-violence, fit de ce pèlerinage le lieu d'une rencontre pour une paix sereine entre Islam et Occident. Depuis sa mort, cette rencontre islamo-chrétienne a perduré sans interruption jusqu'à aujourd'hui.
Nous donnons ici un texte de Geneviève Massignon, ethnolinguiste et fille du grand islamologue. C'est, en effet, elle, au cours de ces
enquêtes en pays breton, qui découvrit le lieu-dit des Sept Saints et en fit part à son père. Ce texte, écrit pour les 25 ans de la rencontre islamo-chrétienne, donne de nombreuses informations sur le culte des Sept Saints en islam et en chrétienté et en retrace les premières années.
Lire le texte de Geneviève Massignon